Prendre un grand coup avec Mario D'Eer



par Valérie R. Charbonneau, Bières et Plaisirs, avril 2010




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Comme la plupart des adolescents, Mario D'Eer avait 14 ans quand il est tombé dans la bière. Mais c'est de passage en Belgique en 1983 qu'il a eu son coup de foudre. Alors agé de 27 ans, c'est là qu'il a fait sa rencontre avec sa dulcinée : la Duvel.

Àl'époque, on n'importait pas de bières spéciales au Québec. Et les microbrasseries n'existaient pas. J'ai donc arreté de fumer afin d'utiliser l'argent économisé pour faire des voyages-bières en Belgique et en Allemagne pendant six années consécutives», affirme d'emblée celui qu'on qualifie de «biérologue».

Depuis, Mario D’Eer est un gouteur invétéré. Il a parcouru l’ensemble de l’Amérique du Nord et plusieurs pays européens pour visiter plus d'un demi-millier de brasseries en Europe et en Amérique du Nord.

«J'ai brassé longtemps ma bière afin de bien comprendre les processus... et boire de grandes bières à bon marché! J'ai d'ailleurs gagné plusieurs concours amateurs dans le passé». Ce parcours n’était pourtant pas prévu pour le criminologue diplomé, sur le curriculum vitae duquel on retrouve aussi un baccalauréat en Éducation.

Une vraie passion

«Mieux vaut déguster avec modération que de s’abstenir avec exagération», lit-on sur la page d’accueil de son site Internet. Mario D’Eer se dote d’une éthique d’indépendance. Afin de s’assurer de la plus grande objectivité, l’auteur indépendant ne laisse aucune publicité entrer sur son site Web.

Sa passion, il la vit par tous les moyens : écriture, animation de conférences, enseignement, orga- nisation d’événements, la liste est certes longue. Il donne notamment des cours à la Cité collégiale d’Ottawa, à l’École culinaire pour tous et à l’École de Biérologie. Bref, toutes confondues, ses expériences lui auront permis de contribuer à la formaion professionnelle de plusieurs grands noms de la bière au Québec.

Monsieur houblon, le Michel Phaneuf de la bière, le gourou de la bière, voilà quelques-unes des expressions qui lui sont attribuées par ses pairs. Quant à lui, il se dit simplement «un passionné qui a eu la chance d'avoir un éditeur».

«Plusieurs des informations que j'ai publiées font maintenant partie de la culture populaire de la bière. Et nombreux sont ceux qui n'ont pas lu mes livres et qui analysent le monde de la bière en employant mon cadre de référence sans le savoir», admet-il, en ajoutant que sa contribution semble etre vraiment utile.

M. D'Eer a notamment inventé plusieurs mots qui font maintenant partie du référentiel de base : les bières désinvoltes, les quadruples, les blondes du diable, les trois grandes écoles d'influence brassicole industrielle, etc. À ce jour, aucun ouvrage anglophone n'a établi les trois grandes écoles : la belge, l’allemande et la britannique.

Mille et une reĢalisations

Quand on lui demande qu'elle est sa plus grande fierté, le biérologue répond «mes 14 livres» sans hésiter. Mais, surtout le fait d'avoir établi un cadre de référence francophone pour analyser et classer la bière.

Parmi ses autres honneurs, il relate le fait d'avoir établi les bases de la certification biérologue de l'École MBière, soit la première formation sérieuse dans la francophonie. Et aussi la création du con- cours MBière au Mondial de la bière. À son avis, le plus crédible en termes de méthodes d'analyse de la qualité de la bière.

«J'éprouve aussi une belle fierté d'avoir donné de la crédibilité aux épousailles bières et fromages. On se moquait beaucoup de moi il y a une quinzaine d'années lorsque j'en faisais la promotion», d'admettre humblement, mais non moins solennellement ce dernier. Et depuis qu'il a fondé le Festibière de Chambly, maintenant devenu Bières et saveurs, on le consulte aussi régulièrement pour organiser des festivals.

«Il y a des gens qui se servent de la bière pour se faire une réputation, d'autres qui se servent de leurs talents pour faire une bonne réputation à la bière. Je fais partie de cette deuxième catégorie. Nous ne sommes pas beaucoup au Québec ou même dans la francophonie», conclut-il.