Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Newton et les lignes de la bière


D'après la légende qu'on enseigne aux écoliers, la loi de la gravité universelle fut découverte par un certain Isaac Newton, en 1666, alors qu'il sommeillait dans un verger anglais.

L'histoire officielle publiée dans les livres scolaires nous apprend qu'une pomme lui était tombée sur la tête. C'est exactement l'inverse qui s'est produit. Le célèbre mathématicien est plutôt tombé d'un arbre, une semaine avant sa célèbre découverte. Sa chute fut amortie par un lit de pommes bien mûres et il perdit momentanément connaissance -- d'où l'origine de l'expression «tomber dans les pommes». Soucieux de protéger sa réputation et ses crédits de recherche, il inventa une histoire pas piquée des vers afin d'expliquer son étourdissement.
Pendant ce temps, à l'université, ses étudiants font des calculs infinitésimaux pour égrener les particules de secondes qui leur apparaissent une éternité en l'attendant.

N'oublions pas qu'à l'époque, en Angleterre, l'ale n'est pas considérée comme une boisson, mais bien comme un aliment de base. De toute évidence, sir Isaac est une bonne fourchette, enfin une bonne pinte... Après un repas bien arrosé -- il fallait bien accompagner son mets préféré d'une bonne boisson, n'est-ce pas? -- le scientifique cherche un raccourci afin de retrouver sa chaire le plus rapidement possible. Qui plus est, au lieu de contourner le verger, le chemin le plus court entre deux points étant une ligne droite, il opte pour passer par-dessus le premier arbre planté devant lui. Le reste de l'histoire est justement passé à l'histoire. En vérité, notre héros est retourné au pub afin de réfléchir sur les leçons à tirer de sa mésaventure. Pendant ce temps, à l'université, ses étudiants font des calculs infinitésimaux pour égrener les particules de secondes qui leur apparaissent une éternité en l'attendant. Quelques siècles plus tard, un physicien allemand se servira de ces exercices pour élaborer une théorie de la relativité. Mais cela est une tout autre histoire (de Lager cette fois, que nous narrons sous le titre «Einstein et la relativité des choses» sur ce site).

Ne reculant devant rien, les laboratoires de BièreMAG ont élaboré une reconstitution historique de l'événement. Nous avons déduit que le professeur de l'université de Cambridge buvait, mangeait si vous préférez, au Royal Arms, l'unique pub localisé de l'autre côté de la plantation. Ce Public House se spécialisait dans le service d'ales célèbres provenant de Burton Upon Trent. Nous avons donc amorcé notre enquête en versant dans une chope la bière la plus fidèle aux traditions anciennes de la célèbre ville brassicole : une Pedigree, de la brasserie Marston.

Nous avons soigneusement recréé et expérimenté les deux scénarios plausibles de ce qui s'est déroulé cet après-midi-là. Dans le premier, Newton part sur une brosse, un long repas selon l'expression consacrée de l'époque, et réfléchit sur le phénomène de l'accélération de l'ingurgitation qui semble s'accroître au fil des pintes. Il détermine qu'à chaque verre additionnel, sa vitesse de consommation s'accroît de 32 secondes exactement. Il éprouve de la difficulté à exprimer cette règle de façon claire après la cinquième chope. Plus tard dans la soirée, alors qu'il ouvre ses lourdes paupières, le deuxième scénario se présente devant lui. Les parois de son dernier verre -- depuis longtemps vide - porte des hiéroglyphes qu'il s'efforce de déchiffrer. Examinez attentivement la figure qui accompagne ce texte. L'agrandissement d'une partie de la mousse solidifiée nous dévoile ce qui semble être la forme d'un arbre. Naturellement, si nous nous plaçons dans la peau du philosophe Isaac (ce que nous avons fait), nous y voyons un pommier, symbole du péché originel et de la quasi-tragique chute de l'homme. Nous observons qu'à chaque gorgée, à la droite de l'arbre, une forme ronde s'en éloigne. Chaque «ligne» correspond à une gorgée. À la première gorgée, la «pomme» est tout près des branches, tandis qu'à la troisième elle est, à toutes fins utiles, sur le gazon. Le reste de l'histoire est littérature: à l'aide d'une règle, il mesure la distance qui s'accroît, il tient compte de la vitesse d'ingurgitation et, dans un flash-back inspiré, retrouve le chiffre «32». Il valide sa théorie avec une pomme pour constater qu'effectivement la vitesse du fruit s'accélère de 32 pieds par seconde en tombant..

Le lendemain, devant ses élèves médusés, Newton raconte le dernier chapitre de son aventure... Les historiens n'y verront toutefois que du feu !