Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Michael Jackson nous a quitté


Le 30 août dernier, Michael Jackson, le gourou de la bière est décédé subitement. Deux jours avant son départ soudain pour le pub céleste de saint Arnould, Jackson me confirmait un rendez-vous en Europe pour discuter d’un important projet sur Dame bière. Il ne suffisait qu’à fixer la ville et la date. L’annonce de son décès a asséché ma chope d’enthousiasme. Non pas à cause du projet en question, il continue de progresser. Je devenais orphelin de père. Un papa sbiérituel préciserait mon ami Éponge. Son influence dans l’univers de la dégustation des bières a été déterminante pour tous les auteurs qui se sont promenés sur les sentiers qu’il a tracés. Sentiers? Ben voyons donc! Des autoroutes; des autobhans si boire! Il en coule en titi maintenant des chopes de verbes et d’adjectifs dans les centaines de publications et de sites Internet consacrés à la fille du soleil. Les sentiers, ce sont nous ses héritiers, qui les traçons maintenant autour des magnifiques boulevards mousseux qu’il a établis.

La première fois que j’ai eu le privilège de respirer un peu d’air expiré par ses poumons était à Montréal, à la Taverne du Sergent recruteur en 1993.

Jackson a débuté sa carrière de journaliste à 16 ans. Il se spécialisait alors dans les spectacles de jazz. Il voyageait beaucoup sur le continent européen. Ses pèlerinages lui ont fait découvrir la grande variété des bières belges et allemandes. Lorsque Campain for Real Ale (CAMRA) a été formé afin de défendre les intérêts des bières britanniques soutirées à la pompe manuelle, il s’est senti interpellé. Il souhaitait que la mise en valeur des bières traditionnelles comporte également celle des bières continentales... Le reste est une histoire effervescente. Il est devenu l’ambassadeur de la bonne bière et un expert internationalement reconnu. Il préférait le titre humoristique de chasseur de bière.


J’ai d’abord fait sa rencontre à Portland, Oregon à l’automne 1986. Je découvrais l’émergence des microbrasseries et la quantité incroyable de bières européennes qu’on y importait déjà. Au fil de mes emplettes, je me procurai un petit livre qui allait m’être plus utile que je ne le croyais alors : «The Pocket Guide to Beer». À l’époque, je me K-lissait pas mal de l’auteur. C’était un livre sur la bière. Le seul fait qu’il existât me comblait de bonheur et surtout, légitimait ma passion. Lors de ce séjour, j’ai aussi fait la rencontre de la Anchor Steam Beer. Un foudroyant coup de foudre. J’en rapportai six dans mes bagages (ainsi que 42 autres bières, toutes différentes). Bercé par les souvenirs euphoriques de ce voyage dans mon petit duplex de Villeray, sirotant une Anchor, j’ouvre le livre afin de préparer mon prochain voyage en Belgique. J’eus l’idée saugrenue de consulter la critique qu’il faisait du nectar qui était en train de livrer les secrets de son existence dans mon verre. J’étais ému de la validation qu’il faisait de mes impressions. J’étais pas si pire goûteur que ça après tout! Je n’ai plus jamais bu de la bière de la même façon par la suite.


La première fois que j’ai eu le privilège de respirer un peu d’air expiré par ses poumons était à Montréal, à la Taverne du Sergent recruteur en 1993. C’était lors du lancement de «Beer Companion». Je venais de lancer, en compagnie d’Alain Geoffroy, le magazine BièreMAG. Il me dédicaça son livre avec les mots d’encouragement suivants: Succes with BièreMAG ! À votre santé !! Il accepta surtout de nous aider dans cette quête en nous autorisant à traduire des articles qu’il avait publiés. Je flottais de bonheur. Mais ce n’était rien comparé à l’invitation que le Canadian Amateur Brewer’s Association (CABA) me faisait parvenir l’année suivante. Être conférencier à la même table que lui! J’ai certainement maigri de mille livres dans les mois qui ont précédé ma prestation. Que pouvais-je dire d’intéressant assis dans son ombre ? Cette expérience de réflexion et de préparation m’a beaucoup fait grandir et avancer dans le développement d’une approche personnelle-pour-justifier-ma-présence. Motivé par la crainte de ne pas avoir l’air trop toto à ses côtés, j’ai développé une vision basée sur ma situation familiale: francophone, québécois, ayant habité l’Europe, et de père belge (un pur bâtard quoi!). À compter de ce moment, j’ai commencé à comprendre l’importance de notre cheminement personnel dans la vie. J’ai alors réalisé comment le cadre de référence «bière» dans la littérature était anglo-saxone. J’ai surtout constaté que j’avais l’occasion de développer un cadre francophone basé sur mon héritage belgo-québécois. Le soir venu, non seulement il se souvenait de moi, mais il manifesta un bel enthousiasme avant le début de la conférence. Quel gentleman! Et j’en profitai pour lancer mes idées. Vous ne pouvez pas vous imaginer la trouille qui pétillait dans mes veines. Il vous est plus facile de comprendre mon soulagement, suite à ma présentation, des félicitations personnelles qu’il m’a présentées.


L’année suivante, Jackson était invité au Mondial de la bière. Ce qui devait arriver arriva : trinquer dans la vraie vie avec mon gourou. Le rancard a eu lieu à l’Auberge du Dragon dans Ahunstic. En fin de soirée, Jackson somnolait la tête accotée sur la rampe derrière lui. Il écoutait maintenant nos palabres d’une oreille distraite. Machinalement, il tendait la main vers le verre sur sa table pour alimenter ses songes. À un moment donné, on lui a livré une Xe bière qu’il n’avait pas commandée! Dès que le vase a caressé ses lèvres, il s’est réveillé! Il a récité avec beaucoup de précisions les qualités de ladite bière et s’est rendormi quelques secondes plus tard. Nous apprendrons plus tard qu’il était atteint de la maladie de Parkinson, ce qui expliquait son comportement quelquefois erratique. Nous avions quand même eu l’occasion de discuter amplement avant. Suffisamment pour me permettre d’écrire un article dans BièreMAG à son sujet. La question à mille piastres que je lui avais posée était la suivante : « Quand est la dernière fois où tu as payé pour une bière?» Son visage rayonnant témoignait de son amour pour la bière. Il me répondit sur un ton coquin : «Ah! Mais j’ignorais qu’il était possible de payer pour acheter une bière!»


Michael, je te sais en très bonne compagnie là-haut avec ma maman. J’espère quelle ne te fais pas la vie trop dure avec toutes ses réactions devant les bières spirituelles que tu lui fais découvrir.


Merci Michael.