Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

La grammaire des épousailles bières et fromages


Notre langue nous permet de goûter les aliments, ainsi que de communiquer nos sentiments de dégustation. Elle sexualise plusieurs objets asexués! Prenons le couteau et la fourchette. Pourquoi le premier est-il du genre masculin tandis que le second possède des attributs féminins?


Au fil de nos gorgées qui déshabillent le verre, nous découvrons la fine dentelle qui enveloppe sa nudité.

Je me suis posé la question en ce qui a trait aux bières et aux fromages. Pourquoi la bière s’inscrit-elle dans la famille féminine? Nous la classons spontanément par sa couleur : les blondes, les rousses, les noires… Nous employons habituellement le mot robe pour désigner sa coloration. Elle est animée d’un pétillement rythmé qui danse avec enthousiasme, produisant alors une mousse. Au fil de nos gorgées qui déshabillent le verre, nous découvrons la fine dentelle qui enveloppe sa nudité. Sa spiritualité nous permet de communiquer avec les êtres supérieurs. Elle fait souvent perde la tête à bien des hommes. Il n’y a aucun doute, les bonzes de l’Académie française ont vu juste en la déclarant féminine.


Examinons la masculinité des fromages. Le choix des Immortels – nom donné aux membres de la vénérable institution - s’imposait : le fromage pue et il est gras! Les plus parfumés nous transportent à l’étable, ou encore évoquent les chaussettes d’ouvrier. De plus, sa croûte souvent balafrée peut offrir une impression de virilité intense. Il en existe des mous, des moelleux et des durs. MAIS. Peu importe ses apparences, ou ses odeurs, lorsqu’il se laisse aller sous l’intimité de notre palais, il dévoile toujours un cœur tendre. Les esprits de la moralité de la langue sont allés plus loin que le bout de leurs nez pour certifier le fromage du genre masculin.



Mode d’emploi


Comme pour les relations humaines, deux grandes vérités gouvernent les accords : qui s’assemble se ressemble et les contraires s’attirent. En vertu de ce principe, ma philosophie de la dégustation est basée sur la comparaison plutôt que sur les vérités absolues. J’aime bien organiser des trios de rencontre : 3 bières courtisent 3 fromages. Dans un premier temps, on découvre la personnalité de chaque bière : le nez bouché, on prend un gorgée, on observe où se situent les sensations sur la langue, et on avale. On observe le développement des sensations quelques secondes. On se débouche ensuite le nez pour découvrir les arômes. Entre chaque échantillon, on se rince la bouche avec un morceau de pain.


On choisit ensuite un premier échantillon de fromage. On prend une bouchée, on avale et on observe le développement des saveurs. On prend finalement une gorgée de la première bière et on contemple, d’une part l’influence de la cervoise sur les saveurs du fromage, et d’autre part l’influence de celui-ci sur la bière. Le même fromage est associé à la deuxième bière, puis à la troisième. En discutant avec les autres convives, on compare les particularités de chaque relation. On procède de la même façon avec le 2e fromage, puis avec le 3e. Les goûts ne sont peut-être pas à discuter, mais dans les épousailles, ils constituent un merveilleux sujet de conversation.