Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

La Femme et la bière



«Le plus vieux métier du monde» évoque habituellement l’image d’une belle femme sexy, portant une jupe en cuir et un soutien-gorge mettant en valeur sa poitrine pulpeuse. Elle se tient au coin d’une rue, sous le voile tamisé d’une lumière nocturne... Chassez de votre imagination cette image onirique! Le plus vieux métier du monde implique effectivement une femme. Sa seule caractéristique commune avec l’objet des phantasmes de la gent masculine est qu’elle est peu vêtue. Il faut imaginer cette femme plutôt costaude en train de remuer un empois de céréales bouillonnant à l’intérieur de jarres de terre cuite, dans une grotte troglodytique...

La découverte de l’importance du houblon dans le brassage est d’ailleurs attribué à soeur Hildegarde de l’abbaye de Prune située dans l‘Eifel (Allemagne).

Le plus vieux métier du monde est celui de brasseure. Naturellement, la notion de «métier» n’existait pas à l’époque, ni celle de la catégorisation des mots en genres. Nous savons toutefois que la culture des céréales a sédentarisé l’Homme et que les premières furent celle de l’orge et du blé. Ces récoltes sont entreposées dans le fond d’une grotte. On constate alors que la vermine et les rongeurs aiment bien se délecter de ces réserves alimentaires. On ne connaît pas exactement le nom de la personne qui invente les jarres en terre cuite. Il nous est donc impossible de savoir si c’est un homme ou une femme. Nous savons toutefois qu’une fois remplie d’eau, les grains qui y sont entreposés sont à l’abri de l’appétit de ces bestioles qui cohabitent dans les mêmes profondeurs. Puis, la femme constate que plus les grains ont été entreposés longtemps, plus leurs effets sur l’âme des pauvres mortels sont salutaires. Elle vient de découvrir la bière et son brassage!



Quelques centaines d’années plus tard, elle développe une façon de permettre à son mari-guerrier d’apporter sa pitance sur les champs de bataille. Elle assèche la bière afin de former une galette. Sa douce moitié n’a qu’à égrener son étrange biscuit dans de l’eau pour reconstituer le bouillon originel. Elle invente ainsi le pain! On dit souvent que la bière est du pain liquide. Dans les faits, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Jusqu’au Moyen-Âge, le brassage est surtout une activité domestique qui se déroule à la maison et qui est sous la responsabilité des femmes. En d’autres mots, si nous considérons que la bière a plus de dix milles ans d’histoire et que le Moyen-âge n’a commencé qu’en l’an 476, on peut affirmer que la femme a contrôlé le brassage pendant plus de 80% de l’histoire de l’humanité! Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Lors du développement du brassage dans les abbayes, la plupart de couvents brassaient également de la bière. La découverte de l’importance du houblon dans le brassage est d’ailleurs attribué à soeur Hildegarde de l’abbaye de Prune située dans l‘Eifel (Allemagne). Nous retrouvons toujours de nos jours plusieurs femmes brasseures célèbres. Mentionnons Laura Urtnowsky des Brasseurs du Nord et Helen Bounsal de la brasserie McAuslan.



En Angleterre, les plus célèbres brasseures ouvraient les portes du salon de leurs maisons aux visiteurs afin qu’ils puissent se délecter de la quintessence de leurs infusions. Ces «Ales Houses» devinrent par la suite des «Public House» puis, tout simplement des Pubs!

La contribution des femmes au développement de la bière ne se limite pas à ces importants détails historiques. L’industrie contemporaine du développement de la bière de dégustation leur réserve une place de choix. Tout a commencé avec, tenez-vous bien, la brasserie Labatt, lorsqu’elle lança la Labatt Classique il y a une vingtaine d’années. Cette première bière de qualité supérieure brassée au Québec fut aussi la première à faire appel à une femme pour en faire la publicité: Andrée Lachapelle. Une importante part de marché conquis par les microbrasseries il y a près de 10 ans est composée de femmes. Au chapitre de la perception des goûts, la sensibilité des femmes est habituellement supérieure à celle des hommes. Elle est en mesure de reconnaître plus facilement la nature des odeurs et des saveurs qui s’offrent à nos papilles. Il s’agit d’un fait scientifiquement prouvé! En fait, le nez de l’homme ne bat facilement celui de sa fiancée dans la détection rapide des odeurs que pour deux ou trois senteurs, notamment l’urine... en d’autres mots, seulement lorsque la bière a traversé son existence!

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rédigé en 1997