Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

La fausse légende du père Labrosse


L’amas de terre dérivant en face de Baie-Saint-Paul était trop près pour allumer nos intérêts passés. Aucun de nous n’avions fait la courte traversée – pourtant gratuite – de St-Joseph de la rive au Mouillage des Français quelque brasses en amont.

Nous ne disposions que de deux heures, entre deux activités de la Baie gourmande lorsque nous décidâmes de faire cette excursion à l’Ile-aux-Coudres, Frédérick Tremblay, Caroline Bandulet, Alain Geoffroy et moi. 15 minutes pour chacune des traversées additionnées du temps d’attente soustrayaient un temps précieux à notre excursion, mais notre détermination n’était pas monnayable ce jour-là. Arrivés en haut de la butte de l’autre côté, nous fallait décider de tourner. Nous optâmes pour la droite pour des raisons pratiques. Ce demi-tour de l’île était beaucoup plus court. Nous tournâmes encore une fois à droite, motivés cette fois-ci par la présence d’une halte nous offrant des bancs publics à la Pointe de l’Ilet. Je réservais une petite surprise à mes amis. Dans le coffre de l’auto, je disposais de Triple de Westmalle. Une chacun. J’allais vérifier la théorie du «le décor peut influencer nos perceptions sensorielles». Dans ce cas-ci, je croyais que boire une Triple de Westmalle à L’Ile-aux-Coudres allait certainement être la meilleure au monde!
Vous irez demain chercher le curé de l’Isle-aux-Coudres. Il vous attendra sur la rive et viendra m’ensevelir et chanter mon service funèbre. Même si la mer est grosse, n’ayez crainte, vous reviendrez sans misère, bonsoir.»


Au bout de cette route, nous aperçûmes cette modeste croix.

Caroline lu à haute voix:
«Ici Le Révérend Père de la Brosse S.J. Premier missionnaire résident disait sa première messe en 1765»

Nous rîmes aux éclats et félicitions Caroline pour son imagination et la qualité de son improvisation.

- Non, non j’vous dis que c’est vrai.

Quel espèce d’esprit avait fait croiser nos chemins à cet endroit si isolé? Nous ne discourûmes pas trop sur le sens de cette aventure, et optâmes pour écluser ces Triples aux pieds du monument.

Je vous assure que j’ai validé ma théorie.

Plus tard, quelques recherches m’ont permis d’en apprendre un peu plus sur cette croix et le personnage qu’elle honore.

Elle fut érigée en 1848 à la pointe sud ouest de l’Isle-aux-Coudres, en mémoire du Père de la Brosse. Natif de Maignac en France, ce dernier est l’un des premiers prêtres missionnaires, de la compagnie de Jésus, à arriver au Canada en 1754.

Le soir du 11 avril 1792, le curé de l’Isle-aux-Coudres, le père Compain (un nom prédestiné), fut éveillé vers minuit par les cloches de son église. Il savait spontanément que le vieux curé de Tadoussac, le père de La Brosse, venait d’expirer. Ce dernier avait prédit que cela se passerait ainsi.

Le lendemain, deux canotiers arrivés de Tadoussac emmenèrent le curé dans ce village en route ils lui racontèrent les événements de la veille. Le père de La Brosse avait passé une agréable soirée avec ses amis au poste de traite de Tadoussac. À neuf heures, le Père se leva, les salua et dit :

«Mes bons amis, nous nous reverrons au ciel, mon travail est fini sur terre. Ce soir, à minuit, la cloche de la chapelle sonnera mon glas. Vous irez demain chercher le curé de l’Isle-aux-Coudres. Il vous attendra sur la rive et viendra m’ensevelir et chanter mon service funèbre. Même si la mer est grosse, n’ayez crainte, vous reviendrez sans misère, bonsoir.»

À minuit, la cloche de la chapelle de Tadoussac sonna. On apprit plus tard que dans toutes les autres missions du Père de La Brosse, à Chicoutimi, à l’Isle-Verte, aux Trois-Pistoles, à Rimouski et à la Baie-des-Chaleurs, les cloches sonnèrent d’elles-mêmes à minuit le jour de sa mort. Lorsque les hommes avaient mis le canot à la mer pour se rendre à l’Isle-aux-Coudres, le vent s’était levé. Toutefois, pendant le voyage d’aller et de retour, un chenal calme se dessinait devant eux.