Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

L'excitation: À quel moment le plaisir intense se produit-il?



L'une des questions qui perturbe le plus mon existence de spécialiste du comportement des buveurs et buveuses de la noble boisson est la suivante: quelle phase de la consommation d'une bière est la plus excitante? La découverte de la bière, son achat, son service, ses apparences, la première gorgée, sa consommation entière ou encore le souvenir qu'elle imprègne dans les neurones de notre mémoire?

Naturellement, chacune de ces options offre tout autant de variations sur les façons de nous exclamer, dans l'exécution de pirouettes immatérielles, pendant les gestes rituels de la dégustation. Observez ces aventuriers de la chope céleste lorsqu'ils découvrent une nouvelle étiquette à insérer dans leurs albums. Dans quelle mesure l'imprégnation du sentiment provoqué par la splendeur de l'image trouvée détermine-t-elle leurs prédispositions de goûteurs dans la suite des événements? Poser la question ainsi nous éclaire déjà sur l'interprétation des résultats de cette analyse.
Le danger qui nous guette lorsque nous tentons désespérément de trouver le bonheur est évident: à trop le chercher, on boit trop, et à trop boire, on s'en éloigne!


L'étape la plus émotivement chargée de la dégustation d'une nouvelle bière est celle des instants qui précèdent sa consommation. Elle comporte tant de gestes rituels excitants: la capsule de la bouteille qui saute, l'explosion qui aguiche l'ouïe, le versement du précieux liquide dans le vase sacré, l'observation du développement de son effervescence et de ses plus beaux atours, l'effusion de ses arômes dans le territoire aérien ambiant, le mouvement hésitant de la main touchant le verre suivi de l'intensification du parfum lorsqu'il s'approche de nos capteurs sensoriels, la béatitude qui contrôle soudain nos expressions lorsque nous humons profondément le ciel flottant au-dessus du nectar divin... Invariablement, ce prologue donne l'impression que le paradis existe vraiment et qu'il survole de quelques centimètres l'étrange objet de notre convoitise. Voilà, selon mes observations, de quoi est composé le véritable plaisir orgasmoleptique!

Mais un doute envahit mon existence lorsque vient le temps d'en tirer une conclusion définitive. Et hop là! une nouvelle gorgée...

Une fois avalée, la personnalité de cette nouvelle conquête est déjà banalisée! La qualité d'une bière, et notre fidélité à son égard, est alors déterminée par sa capacité à nous faire vivre les mêmes émotions lors des communions subséquentes. Enfin, nous savons très bien que le moteur de l'existence d'un certain nombre de personnes est alimenté par une soif exclusive d'aventures épidermiques. Celles-là se contentent de peu. En fait, elles ne souhaitent strictement et rigoureusement qu'un minimum d'excitation, tout extra étant alors considéré comme de l'excès.

La question est la suivante: ayant des exigences plus faciles à combler, trouvent-elles le bonheur plus facilement? Aucune recherche sérieuse n'ayant été menée sur ce délicat sujet, il nous est donc impossible de trancher. Une chose est toutefois facilement vérifiable de façon empirique: «l'important n'est pas d'être heureux, mais bien d'être plus heureux que son voisin».

Le danger qui nous guette lorsque nous tentons désespérément de trouver le bonheur est évident: à trop le chercher, on boit trop, et à trop boire, on s'en éloigne! Bref, le bonheur ne se dissimule pas dans une éventuelle gorgée inconnue, mais plutôt dans chacune de celles qui s'évanouissent lentement au plus profond de notre intimité, d'où cette nouvelle question existentielle: «devons-nous boire ce que nous aimons, ou aimer ce que nous buvons?».

Lectrices et lecteurs de ce lieu effervescent, je fais appel à votre grande sagesse afin que votre lanterne éclaire les plus sombres objets de mes obscures réflexions. Je cherche avec acharnement à trouver un sens à la vie, la mienne, la vôtre, la vie de tous ceux et celles qui boivent de la bière. L'un des sujets qui me tracassent le plus ces jours-ci est l'utilisation de ces fameuses boîtes dans les toilettes de tous les bars que je fréquente. Dans ma jeunesse encore si récente, ces distributrices ne m'offraient qu'un peigne ou un rince-bouche. Dans les deux cas, la finalité était évidente: mettre toutes les chances de mon côté afin de séduire la plus belle femme du bar. De nos jours, la machine présumant que ma conquête est assurée, il me revient de prendre en charge ma protection et celle de l'élue de mon coeur. Ou s'agit-il d'une nouvelle forme de séduction démontrant que nous sommes responsables ou animés d'un joyeux sens de l'humour? Sans parler du choix qui s'offre à nous! Est-ce que mes chances sont meilleures si j'opte pour le maximiseur de jouissance doté de formes saugrenues à son extrémité? Si j'opte pour un enrobage aux fruits ou à une quelconque sucrerie, quel message ce choix envoie-t-il à l'élue de mes désirs? Et vous les femmes, retrouvez-vous le même choix dans vos boudoirs? Avec les mêmes significations? Y-a-t-il une marque de bière particulière qui, combinée à un type spécifique de latex, augmente mes chances d'enrouler le machin autour de mon âme, la nuit prochaine, en votre compagnie.

Naturellement, toutes ces circonvolutions sont directement influencées par le nombre et la marque des bières alors déjà consommées et évacuées, ainsi que de l'estimation des autres à venir... Une variable m'apparaît certaine. Après un certain nombre de verres, l'achat de toute protection est futile si l'homme se retrouve dans une position d'insuffisance localisée. Que fait-on du condom à ce moment-là?