Le collet fugitif de la blonde vénielle



par Christian Mistral, Le Devoir, 27 juillet 1991



Le collet fugitif de la blonde vénielle… On dirait une variation sur le proverbial «cadavre exquis» concoctée par quelques groupes néo-surréalistes au cours de bacchanales biéreuses. En fait, j’ai assemblé librement la phrase à partir du joli jargon proposé par Mario D’Eer dans son Guide de la bonne bière. Qu’ils sont souples et riches, les mots qu’on façonne pour décrire ses plaisirs!

Ce petit guide fort bien fait constitue, à ma connaissance, une première du genre au Québe, mais aussi l’émergence de nouvelles bières, plus personnalisées et plus mordantes, se distinguent des produits plus «désinvoltes» dont les géants de l’industrie inondent le marché, est un phénomène tout récent. Qu’on songe que la première micro-brasserie a ouvert ses portes en 1986 à North Hatley, avec les Massawippi brunes et blondes. Le Cheval Blanc suivait l’année d’après, ouvrant la voie à une étourdissante éclosion à partir de 1989.

Belle-Gueule, Boréale, Chimay, Duvel, Giraf, Grimbergen, Portneuvoise, Saint-Ambroise et tutti quanti, le champ des ales, des lagers et des stouts est vaste, et ce n’est pas l’occasionnel article péteux de broue dans un hebdo banché qui peut aider l’amateur à s’y retrouver. Heureusement, Mario D’Eer a couru la gueuse pour nous et le résultat de ses recherches et expérimentations personnelles est un petit trésor d’humour et de simplicité. Tout ce que vous voulez savoir sur le pain liquide est là, sous forme originale, car il n’y a guère de règles en la matière. Ainsi, il n’existe pas de consensus sur la pondération des caractéristiques de la bière, ce dont nous prévient l’auteur avant de suggérer ses propres grilles de dégustation, qu’il vous encourage à utiliser. On trouvera un lexique fort utile qui se lit comme un poème ronsardien, de même que les mots pour porter un toast en une douzaine de langues. L’historique, quoique concis, est plein d’enseignement et l’exposé des techniques de fabrication ne laisse rien dans l’ombre. Visiblement appuyé par un solide travail de recherche, ce livre indispensable au dilettante de bonne foi possède la plus précieuse des qualités chez un guide : il vous laisse sur l’impression d’être plus savant, voir plus intelligent au sortir qu’à l’entrée.

Agréablement illustré, voici donc un utile complément au guide du vin. Souhaitons que l’auteur donne suite à son projet de publier éventuellement un livre de recettes à base de malt et de houblon…