Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Ceske Budejovice: Budweiser


Dans l’organisation du prochain Festibière de Chambly, qui se tiendra pendant la longue fin de semaine de la Fête du travail, un kiosque présentera les 10 meilleures bières au monde. Fidèles lecteurs, et surtout lectrices, j’espère, vous connaissez déjà mes tergiversations existentielles sur le concept de la «meilleure bière au monde». Ayant retenu le thème «Le Québec; carrefour des meilleures bières au monde», nous devions absolument nous mouiller et offrir aux visiteurs ce pavillon spécial.

Je vous suggère également de découvrir la Bruoscella. Celle-là, un pur lambic 3 ans d’âge, fait le pont entre le vin blanc et la bière. Ça questionne le vécu c’t’affaire-là!

La majorité des concours visant à établir une sorte de hiérarchie dans le monde des bières repose sur un principe bien simple: les brasseries doivent soumettre, pour chaque catégorie, une bière et acquitter les droits d’inscriptions (surtout payer...). Un jury se penche alors sur chaque produit présenté et juge de façon la plus objective possible, c’est-à-dire en suivant un protocole d’évaluation, les bières inscrites. Cette façon de procéder est tout à fait correcte, mais comporte pour le pauvre perplexe qui habite dans mon âme, quelques incertitudes qui abreuvent mon scepticisme.


Tout d’abord le fait que toutes les bières du monde ne participent pas aux concours. «À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire» dit le dicton, mais cela n’empêche pas les gagnants de se péter les bretelles en s’offrant de belles annonces pleines page dans les journaux et prétendent que le fruit de leurs rêves a été choisi «meilleure au monde». Plus la sangle fait du bruit, plus je doute de sa légitimité.


Ensuite et surtout le fait qu’à titre de consommateur, je n’ai absolument aucune certitude que la bière que j’achète chez IGA (ou ailleurs) est la même que celle qui s’est distinguée. Je suis intimement convaincu que la majorité des brasseurs ne trichent pas: ils soumettent une bière dont la recette est identique à celle qui se retrouve chez mon dépanneur préféré. Mais pensez-vous que le brasseur expédie aux organisateurs celle qui orne les tablettes de mon point de vente? Absolument pas! Il envoi plutôt, et c’est tout à fait légitime, un exemplaire de son meilleur brassin. Il l’enveloppe précieusement et s’assure que les conditions de transport sont idéales, afin de protéger sa protégée. En optimisant les conditions, la bière se rend intacte aux papilles des juges. Pensez-vous que cette situation est un calque de la distribution dans la vraie vie?


Pour contourner ces pièges philosophiques, nous avons demandé à des experts de la bière, ayant passablement voyagé des deux bords de l’Atlantique, la question fatale suivante: «Si le grand saint Arnould (patron des brasseurs) décidait soudainement de vous convier à la table céleste et éternelle en vous offrant la possibilité d’apporter avec vous 10 bières, lesquelles choisiriez-vous?» notez la nuance; nous n’avons pas demandé qu’elles étaient les meilleures bières au monde, mais plutôt qu’elles bières, eux-qui-ont-tant-bu, souhaiteraient consommer éternellement. Je laisse le soin à mes détracteurs de trouver les faiblesses de cette approche. Elle comporte néanmoins la force que toutes les bières au monde étaient éligibles au concours!


Les résultats sont (en ordre alphabétique): Budweiser Budvar (Ceske Budejovice), Cantillon Bruoscella, Duvel, Orval, Guinness Stout de Dublin, Pilsner Urquell (je vous recommande au passage la version en canette de la LCBO en Ontario ou en fût dans les pubs), Sierra Nevada Big Foot, St-Ambroise Noire à l’avoine, Traquair Scotch Ale, Triple de Westmalle. Il nous sera impossible de présenter la Big Foot au Festibière, car il s’agit d’une bière de saison (d’hiver). Mais toutes les autres seront présentes, y compris la Budweiser Budvar. Elle ne portera toutefois pas ce nom, car la marque de commerce, pour ce nom, appartient à Anheuser-Bush en Amérique du Nord. N’ayez aucune crainte, la version américaine n’est pas présente à Festibière (rappelez-vous le thème). Je vous suggère également de découvrir la Bruoscella. Celle-là, un pur lambic 3 ans d’âge, fait le pont entre le vin blanc et la bière. Ça questionne le vécu c’t’affaire-là! Ces deux bières méritent à elles seules le voyage!
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rédigé en 1999

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