Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Les Brasseurs du Nord: Bières «pur malt»


Dans le plus récent article, nous avons fait un bref survol de l’histoire de ce «succes story» québécois. Nous voici maintenant dans le savoureux chapitre de la dégustation de ses produits. Quelques notes préliminaires s’imposent.


Les Brasseurs du Nord vante la qualité des étoiles de sa constellation en les scellant du sceau de qualité «pur malt». Que signifie au juste cette dénomination? La bière se compose de quatre ingrédients de base: surtout de l’eau (généralement 95 % de la bière est composée de ce précieux liquide), ensuite du malt (de l’orge germée), du houblon (une fleur) et de la levure (un champignon microscopique). La principale source de matières fermentescibles est le malt. Dans le vaste univers qui nous entoure, il existe une kyrielle de composés pouvant être fermentés, habituellement des sucres, beaucoup moins coûteux que le malt. Le sucre de maïs est l’un de ceux-là et connaît une popularité importante dans le monde du brassage. L’emploi de sucre «autre que le malt» est l’objet de nombreuses dénonciations, notamment lorsqu’il remplace le malt d’orge dans les décoctions. Il importe ici de souligner que la plupart des bières titrant plus de 9 % alc./vol. seraient à toutes fins pratique imbuvables si elles ne comportaient pas de sucres raffinés. Pour les cervoises comportant moins de 6 % alc./vol. le sucre est un sujet de discussions passionnées. Une chose est certaine, son emploi est économique.


Les Brasseurs du Nord ne nous offre que des produits «pur malt», c’est-à-dire ne contenant aucun substitut au malt. Comment expliquer alors l’utilisation de miel dans la Boréale Dorée? Le miel est ici ajouté au brassin, et ne remplace pas le malt… Il est ainsi utilisé à des fins d’aromatisation, tout simplement.


Parmi les produits offerts par la maison, il y en a deux qui s’élèvent bien haut au firmament de mes papilles: la Boréale Rousse et la Boréale Noire. Dans les deux cas, je considère les versions «en bouteille» comme complètement différentes des versions «en fût». Dans les deux cas, je considère que les interprétations «en fût» dépassent de plusieurs gorgées les versions «bouteille». Il s’agit pourtant de la même recette! Soulignons tout simplement que le vieillissement de ces filles du soleil est fortement influencé par le contenant.

Assez complexe par ses saveurs de torréfaction et son amertume de houblon, elle est tout de même harmonieuse. Toute douce et ronde, elle laisse en bouche un agréable retour de chocolat brûlé.

Voici maintenant les descriptions que nous en avons faites, mon complice de dégustation Alain Geoffroy et moi, dans notre ouvrage «404 bières à déguster». Je vous rappelle que la note maximale est 4 étoiles.



Boréale Blonde, 4,5 %.
Dorée, scintillante, à mousse abondante et riche. Nez frais de menthol et de caramélisation. Le goût poudreux de malt-biscuit chute et l’amertume rouillée revient dans l’arrière-goût. Alain ** Mario **

Boréale Cuivrée
Couleur cuivrée (!), nez sucré de caramel. Sa douceur bien présente s’affirme en bouche. Mielleuse, à l’arôme de caramel. Goûte le malt en poudre dilué et le miel doux. Ronde, veloutée, sereine. Son amertume (métallique) demeure toujours en arrière-plan et n’ose jamais dominer le sucré. Mario : « Difficile à classer ou à évaluer selon un style; il s’agit uniquement de mon plaisir personnel. » Alain : « Si j’avais un style à lui donner, j’opterais pour le scotch ale. » Alain *** Mario *1/2

Boréale Dorée, 4,8 %,
Jaune tirant sur le cuivré. Nez de sucre glace et de glace à la vanille. Bière douceâtre, sans amertume. Légère et vaporeuse, elle ne laisse malheureusement qu’un souvenir agréable. Manque de caractère. Alain ** Mario **

Boréale Dorée en fût
D’un doré qui évoque le miel. Des arômes sucrés émanent du verre. En bouche, elle est douce et ronde. Une légère amertume se dessine au fil des gorgées. Fin sèche. Alain **1/2 Mario **1/2

Boréale Noire, 5,5 %
Noire à la mousse brunâtre. Arômes de chocolat. Elle coule doucement vers le milieu de la langue, siège de l’amertume. Assez complexe par ses saveurs de torréfaction et son amertume de houblon, elle est tout de même harmonieuse. Toute douce et ronde, elle laisse en bouche un agréable retour de chocolat brûlé. Alain **** Mario ****

Boréale Rousse, bout, 5 %
A l’aspect d’une vraie rousse. Un nez caramélisé qui entraîne dans ses effluves l’amertume du houblon. Dominante de caramel rapidement rejointe par un beau voile d’amertume. Le houblon, finement associé au goût de céréales sucrées, se prolonge longtemps en bouche. Alain ***1/2 Mario ***1/2

Boréale Rousse en fût
De couleur brun roux. Nez de caramel. Très veloutée. Servie froide, c’est l’amertume qui prend le dessus, tranchante. L’amertume s’adoucit quand la bière se réchauffe, ce qui laisse la place à un goût de céréales-caramel qui se découvre doucement. L’étalement, assez long, se fait sur l’amertume. Alain **1/2 Mario ** (froide) ou ***1/2 (fraîche)