Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Les brasseurs du Nord


La tête dans les étoiles: les pieds solides sur terre


Le vent tourbillonnaire de la révolution brassicole prend naissance dans les années 1980, à la croisée de vents contraires. Alors que les Molson, Labatt et O’Keffe investissent des millions dans les nouvelles façons d’affadir le goût de la bière, des visionnaires rêvent de faire l’inverse: investir leurs maigres économies, soit des centaines de dollars, dans la mise au point de bières goutteuses…


Parmi eux, trois étudiants arrondissent leurs fins de mois en concoctant quelques infusions fermentées. Leur salle de bain héberge, pour les besoins de la cause, des fermenteurs. En échange de quelques gorgées de ce nectar unique, leurs amis oublient des sous sur la table de leur appartement. Comme cadeau de graduation, Laura Urtnowski, Bernard Morin et Jean Morin fondent Les Brasseurs du Nord en 1987.

Reflet de l’amour qu’ils manifestent à l’égard de l’authenticité, la Brasserie n’a jamais édulcoré ses produits pour accroître ses parts de marché.

On rivette la tuyauterie des cuves dans le nord de Montréal, à St-Jérôme, notamment à cause des particularités de son eau. Le nom de la brasserie et de la bière en découle aussi naturellement que les produits qui dansent ensemble dans leurs cervoises. Pour emblème, on choisit un ours polaire. Alors que Labatt se vante de faire une bière «si bonne qu’elle ne goûte rien», le trio met au point une recette qui fait l’éloge du houblon et du malt caramel; une valse britannique pour papilles, une bière qui «goûte beaucoup».


Ils baptisent leur premier rejeton Boréale. Elle se distingue facilement, par sa robe rouquine et son bouquet de caramel somptueusement relevé de la fraîcheur du houblon. Elle ne deviendra Boréale rousse qu’à la naissance de sa petite soeur, la Boréale blonde. Pour le moment, elle n’est alors offerte qu’en fût et en quantité considérablement limitée.


La stratégie de vente est d’une grande simplicité… On place d’abord les fûts dans la valise de la Subaru familiale et on se rend ensuite dans les débits tenter de les vendre. Quatre barils sont ainsi vendus la première journée. La stratégie a si bien fonctionné que l’on lui est resté fidèle depuis. On dispose toutefois maintenant d’une flotte de douze camions et d’un deuxième centre de distribution à Granby. Ce système de vente de type «livreur-vendeur» (d’autres diraient de type «laitier du bon vieux temps») assure un service personnalisé. Pour les régions plus éloignées, cinq distributeurs assurent la représentation.


Le reste de l’histoire est justement passé à l’histoire. Agrandissement après agrandissement, la maison a finalement déménagé à Blainville. Reflet de l’amour qu’ils manifestent à l’égard de l’authenticité, la Brasserie n’a jamais édulcoré ses produits pour accroître ses parts de marché. La Boréale rousse d’aujourd’hui est à quelques gouttes près, identique à la Boréale rousse d’antan… Pour retrouver cette saveur originelle, il faut se l’offrir en fût, très jeune et pas trop refroidie. Nous y reviendrons dans le prochain article. Pour l’instant, soulignons tout simplement que le slogan de la brasserie reflète parfaitement la passion des fondateurs pour leurs rejetons : «Fraîcheur, authenticité et le meilleur de nous-mêmes ».


Entreprise entièrement québécoise, elle est devenue la deuxième microbrasserie en importance au Québec. Avec des ventes annuelles de 45 000 hectolitres, elle brasse un chiffre d’affaires de 12 millions de dollars et donne du boulot à 75 personnes. Signe de son succès, le mot «rousse» introduit par elle au moment où la première bière fut embouteillée, constitue maintenant un mot utilisé par la majorité des brasseries, petites et grandes.

Dans la constellation des produits, on retrouve maintenant les suivants: Boréale Rousse, Boréale Blonde, Boréale Cuivrée, Boréale Noire et la toute nouvelle Boréale Dorée. Nous les analyserons, une par une, dans le prochain article.
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rédigé en 2000