Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

La bière de Noël



La bière a longtemps été considérée comme une boisson des dieux. Enfin, vous savez très bien que cette affirmation est un peu exagérée: considérer la bière comme une boisson des dieux sous-estime la valeur véritable de ce nectar céleste. Il ne faut pas la considérer mais bien la consacrer!

Au moment de quitter pour de bon les derniers jours de l'année, nous en profitons pour blanchir nos inomables pensées profondes au profit de l'expression de nos plus belles intentions.

Fruit de la récolte des céréales offertes par Céres, la déesse romaine des Moissons et de la Végétation, cet aliment très nutritif, riche en protéines et en vitamines donnait la force aux Hommes. J'écris Homme par respect pour les conventions de l'Académie française. D'après mes découvertes effervescentes sur l'histoire de nos aïeux, il serait probablement plus juste de dire aux Femmes - mot propre incluant les hommes et les femmes, car ce sont elles, souvent des prêtresses, qui possédaient les connaissances du brassage. Elles le transmettaient de mère en fille.


Lors de sa découverte, il y plus de 10 000 ans, la bière représentait une forme de communion avec les grands esprits. Sa consommation, ou plutôt, les effets de sa consommation, procuraient une douce ivresse. Cette sensation permettait aux femmes ainsi qu'à leurs conjoints de fait - le mariage n'existait pas à l'époque - d'atteindre un état second qui les rendait euphoriques. Pour eux, il s'agissait d'une forme intime de communication avec les esprits supérieurs. Une pléthore de divinités était plus ou moins directement reliée à la bière. Autant de raisons de lever le coude pour les honorer. Nos lointains ancêtres étaient particulièrement pieux.


Au temps des Romains, force se disait vis. La contraction de ces deux mots, Céres et vis, donna le premier nom que les peuples Gaulois utilisèrent pour désigner ce fortifiant: cervoise. Panoramix ne connaissait pas toutes les formules scientifiques de la bière, mais il maîtrisait sur une base empirique la méthode de fabrication. La potion magique n'avait aucun secret pour lui. Mais la fermentation symbolisait toujours la force divine de ses décoctions.


La grande fête chrétienne du début de l'hiver nous apporte bon an mal an, toute sa ribambelle de bonnes intentions et de joyeux lurons. Dans ce cirque d'élucubrations laconiquement sincères, une valeur sûre émerge, la fontaine de ces voeux pieux; l'alcool. Les vapeurs éthérées du sucre transformé transcende nos esprits et lèvent le voile de nos inhibitions. Et, tant qu'à se promener sous l'écharpe d'Iris, aussi bien le faire avec cette boisson qui fait le pont avec les premiers habitants de cette planète incertaine.Pour les cérémonies du temps des fêtes, je vous invite à lever votre chope bien haute à la santé de l'humanité. Et si au hasard de votre geste, c'est de la bière qui remplie votre hanap, je souhaite que ce soit une véritable trappiste, la Trappe disons, qui est toujours brassée par des pères cisterciens de stricte obédience dans l'abbaye Koninsghoven (la bergerie) au sud de la Hollande. Si vous êtes plutôt païens et choisissez plutôt La Chouffe, grands dieux vous bénissent! J'espère être près de vous pour lécher les larmes de ses éclats sur votre vase sacré. Ces deux produits vous sont offerts par la Société des alcools du Québec. Naturellement, je serais également très heureux d'essuyer les suintements de cette bière qui évoque l'irrémédiable tournant d'année: La Fin du Monde! Celle-là est disponible près de chez-vous, dans tout bon dépanneur. Chacune de ces bières est une prière qui illumine nos profondeurs d'une lumière salutaire.


Dans tous les cas, si vous choisissez d'embrasser ces suggestions, ne conduisez pas votre voiture! À 8 et 9 % alc./vol., leurs esprits s'emparent rapidement du vôtre. Leurs généreuses saveurs chaleureuses, onctueuses et légèrement fruitées vous convieront d'ailleurs à de nouvelles incantations. Ouvrez alors une deuxième bouteille à la gloire de l'amitié et de la paix sur terre.


Joyeuses Fêtes!

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Chronique rédigée en 1996