Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Bières de Mars


Il est une tradition qui s’établit bon an mal an dans le monde du brassage : offrir aux papilles assoiffées des amateurs, des bières sculptées sur mesure à chacune des saisons. Lorsque nous évoquons ces types de décoctions, nous ne nous référons pas à un style précis, mais plutôt à une bière de festivités. Aucune convention n’existe pour offrir des paramètres gustatifs concernant des styles à respecter. Les magiciens de l’eau laissent alors leurs imaginations s’en donner à coeur joie. Que saint Arnould soit loué! Dans cet arc-en-ciel de capsules originales offertes par les brasseurs aux solstices et équinoxes, les plus célèbres sont sans aucun doute les bières de Mars.


Jusqu’à la Révolution industrielle, le brassage se fait sous l’égide absolue de Mère nature. Trois produits naturels se dissolvent dans l’eau, unissant ainsi leurs destinées dans cette union solennelle: l’orge, le houblon, et la levure. Leurs caractéristiques varient en fonction de facteurs climatiques tels les saisons et la température. La fermentation étant particulièrement risquée pendant l’été, la saison de brassage s’amorce habituellement au mois d’octobre pour se conclure au mois de mai. Pour assurer un approvisionnement constant, les brasseurs préparent deux grands styles: les bières «de base», bues dès la sixième journée et les bières «de garde», pouvant être entreposées plusieurs mois. Cette dernière pouvait alors satisfaire la soif des pauvres mortels l’été. Les soins apportés au brassage de la celles-ci sont alors de qualité supérieurs et sont caractérisées par les particularités suivantes: elle possède une densité élevée, elle est donc plus forte en alcool, et elle connaît une longue maturation grâce à une fermentation secondaire (de garde) au froid.

Pendant que les tonneaux de la bière de mars se vident, le brasseur prépare soigneusement une nouvelle bière de garde destinée à être consommée pendant les mois estivaux.

Au mois d’octobre, la production de malt en utilisant les récoltes d’orge estivales peut s’amorcer ! Compte-tenu de toutes les étapes nécessaires pour fabriquer un malt de première qualité, le meilleur malt n’est habituellement prêt que dans la deuxième semaine du mois de décembre! Il en est ainsi de la récolte des houblons qui offre aux magiciens de la transformation de l’eau, des cônes de la plus grande fraîcheur.


Les nouveaux malts et houblons entrent aléatoirement dans la composition des premières bières de garde destinées à la période de Noël car les brasseurs utilisent en priorité les réserves de l’année antérieure. Ces «bières d’octobre» connaissent néanmoins, invariablement, un grand succès. Elles sont assimilées par la force des choses à la fête de Noël. Au fil des verres qui se vident, les consommateurs la nomment «bière de Noël». Les réserves d’orge et de houblons de l’année antérieure sont maintenant épuisées. Les bières peuvent maintenant faites de matières les plus «fraîches». Rappelons qu’il s’agit de celle qui utilise les meilleurs malts et houblons. La «bière de garde» de ce cycle est destinée au mois de mars.


Au XIVe siècle, lorsque les premières barriques de ce brassin sont livrées aux tavernes, le tenancier annonce la célèbre arrivée en suspendant, au-dessus de la porte d’entrée de son établissement, un bouquet de genévrier. La ruée suit et la fête commence. Pendant que les tonneaux de la bière de mars se vident, le brasseur prépare soigneusement une nouvelle bière de garde destinée à être consommée pendant les mois estivaux. Depuis le début 1992, le nom bière de mars a été réintroduite en France par l’association Brasseurs de France comme activité promotionnelle. Les prescriptions de l’association concernant les caractéristiques gustatives de la bière sont à toutes fins utiles inexistantes sinon que pour indiquer que la bière doit être ambrée.


Ce préambule étant maintenant énoncé, nous goûterons aux bières de saison dans le prochain article.

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rédigé en 2000