Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Les accords bières et chocolats (!?) Oui c'est possible!



L’évolution de la bière navigue sur le grand fleuve de la douceur désinvolte. Dans l’ensemble, les améliorations apportées à la noble boisson sont motivées par cette soif inassouvissable de faire plaisir aux papilles des pauvres mortels. Le plaisir facile, devons-nous souligner, nous apporte une nouvelle interprétation du phénomène des saucisses Hygrade: «elles se vendent mieux parce qu’elles sont plus douces; elles sont plus douces parce qu’elles se vendent mieux.» Le phénomène est même déjà observable dans les bouteilles de certaines microbières.

Avant les découvertes d’un certain Louis Pasteur sur l’importance des levures et des bactéries dans la fermentation, plusieurs brasseurs ajoutent des fruits à leurs bières afin d’honorer l’ode à la douceur. Cette pratique devient de plus en plus désuète au fil des gorgées qui se boivent dans le grand verre d’histoire de la bière. Contre vents et marées, certains traditionalistes de Berlin et de Bruxelles maintiennent toutefois bien haut la tradition d’ajouter des fruits à leurs décoctions aigres. Il importe de le préciser, la raison fondamentale justifiant cette pratique est de masquer (certains diplomates disent «équilibrer») les saveurs acides en utilisant des produits sucrés.
Plus ma langue nage sur ces grandes étendues, plus je constate la magnificience des possibilités qui nous est offerte par la bière.


Dans le grand brouhaha de l’implantation des microbrasseries et du retour des brasseries artisanales en Europe, certains brasseurs s’inspirent de leurs cousins et développent des bières aux fruits tout à fait originales. Quelques fantaisistes poussent l’innovation dans des directions saugrenues qui questionnent les notions de bien et de mal sur nos papilles. Parmi celles-ci, nous devons confesser les bières au chocolat! La SAQ nous offre deux produits dont le mot chocolat est imprimé sur l’étiquette: l’anglaise Young’s Double Chocolate Stout et la belge Floris Chocolat. Seule cette dernière renferme de l’essence véritable de vous-savez-quoi. Le résultat? Tous les goûts sont dans la nature et j’imagine que quelqu’un, quelque part, aime ça. De toute évidence une bière pour le dessert. La britannique quant à elle doit son nom au type de malt qu’elle renferme et qui est connu sous le nom de malt chocolat. Ses flaveurs évoquent la célèbre sucrerie et rendent cette stout particulièrement agréable.

Quel lien existe-t-il entre ces bières et la fête chrétienne du printemps? Celui, tout simple, du chocolat. Personnellement, mes papilles m’incitent non seulement à découvrir toutes les saveurs qu’une bière peut offrir, mais surtout à surfer sur les océans des accords avec les différents mets. Plus ma langue nage sur ces grandes étendues, plus je constate la magnificience des possibilités qui nous est offerte par la bière. J’ai donc profité de ce temps de l’année pour explorer les mariages bières et devinez quoi? Intuitivement, j’ai opté pour des bières sucrées ou renfermant un pourcentage élevé d’alcool: Douglas Scotch Ale, Floris Passion, Maredsous 8, Mortimer, Quelque Chose, et Prize Old Ale. Côté chocolat, mon choix a porté sur la boîte des Miniatures de Laura Secord. Le tout se déroulait sous le regard sceptique de Benoît, qui est plutôt du type buveur-de-Corona et avec la complicité d’Alain, de nature curieuse (et aussi une curieuse nature). L’incrédulité verbalisé avec beaucoup d’insistance du premier ne m’empêche pas de constater qu’aucun des accords ne fut désagréable. Le seul obstacle au service de ces bières au dessert, en accompagnement de chocolats, est situé dans une zone obscure entre les deux oreilles. La meilleure de toutes dans cette fonction est sans aucun doute la Floris Passion. Elle est suivie des Douglas, Mortimer et Quelque Chose. Les autres bières n’occasionnent pas de mauvaises performances, mais ne suscitent aucune implosion jouissive non plus.

La combinaison «Secord, crème au beurre» et «Floris Passion» est digne de figurer sur la plus belle île des découvertes gastronomiques. Si vous souhaiter brasser les convictions profondes de vos convives à Pâques, voilà le dessert original que vous devez leur offrir.
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rédigé en 1999