Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

Des bières après-ski


L’utilisation d’alcool, l’hiver comme carburant, pour alimenter notre calorifère intérieur est fortement déconseillée par les experts de la santé. La dilatation des vaisseaux sanguins produit sur notre corps l’effet contraire; nos veines offrent alors une surface plus grande au froid pour s’y loger. Ce phénomène souligne la profonde contradiction originelle de notre existence, notamment après avoir transpiré suite à la pratique de sports. Ne voulons-nous pas justement nous refroidir un peu?
Voici une bière très peu pétillante et décoiffée, c’est-à-dire, ne soutenant aucune mousse. Servie dans un verre transparent, son apparence peut rebuter le novice.
Nonobstant les risques réels liés à la consommation d’alcool à l’extérieur, pendant la saison froide, nous ne pouvons pas nier l’effet agréable qu’entraîne la petite gorgée de whisky, de cognac ou de caribou, lorsque sur notre visage, le froid tatoue des motifs rubiconds. Naturellement, comme il s’agit ici d’une chronique «bière», nous sommes préoccupés par la recherche d’une alternative pétillante de bonheur, pour nos intérieurs. Oubliez toutes les cervoises titrant moins de 8 % alc./vol. L’exclamation de leurs saveurs produit, dans ces circonstances, un vide sapide désolant dans notre bouche. La majorité des bières poussant la concentration d’alcool au delà de 9 % sauront réconforter votre gosier. Quelques suggestions? Du côté des épiceries : la Trois-Pistoles (9% alc./vol.); à la SAQ : la Belzébuth (14 % alc./vol.), la bière du Démon (12% alc./vol.), la Chimay Bleue (9% alc./vol.), la Samichlauss (14% alc./vol.). Personnellement, ma préférence penche du côté de la Trois-Pistole et de la Samichlauss dont les notes de caramel ajoutent au confort des gorgées. Dans tous les cas, il faut servir la boisson non-refroidie, c’est-à-dire à la température de la maison, avant de sortir… Vous pourrez ainsi profiter pleinement de la chaleur réconfortante de l’alcool.

Unibroue nous propose également quelque chose d’unique et efficace redéfinissant la notion du bien et du mal, quant à la température de service de la noble boisson. Elle se nomme justement «Quelque Chose». Il s’agit d’un assemblage de deux bières issues de deux chapitres de la grande histoire de cette noble boisson : une Brune des Flandres et une désinvolte nord-américaine. L’union est liée par des épices apaisantes, notamment la cannelle et le clou de girofle, le tout ennoblie de cerises juteuses. Le mariage de tous ces ingrédients explose de sa finesse gustative lorsque la bière est réchauffée! Elle offre alors à nos papilles et notre gosier, un baume réconfortant.

La Brune des Flandres origine de la tradition brassicole belge par laquelle une bière exécutée selon les règles de l’art est entreposée dans des foudres de chêne. Des micro-organismes logeants dans les pores du bois ne peuvent résister à la tentation de goûter à la bière pendant son affinage. Ils métamorphosent alors la douceur en aigreur. Du jus de cerises est ensuite ajouté. Unibroue achète des brassins en Belgique et les fait livrer en pinardier, à l’usine de Chambly. Elle les unie à des bières de la maison en y ajoutant alors un judicieux mélange d’épices. Une timide saturation est finalement dissoute dans le liquide. Voici une bière très peu pétillante et décoiffée, c’est-à-dire, ne soutenant aucune mousse. Servie dans un verre transparent, son apparence peut rebuter le novice. Voilà pourquoi la maison propose de la servir dans une tasse en céramique. Il importe néanmoins de souligner que l’anse du vase à boire permet également de tenir confortablement le godet sans se brûler.

Toutes ces suggestions s’appliquent alors que vous êtes toujours à l’extérieur. Devant le foyer, alors que la chorégraphie des flammes vous transporte loin dans vos pensées intimes, je vous suggère alors la Chimay Bleue ou la Belzébuth. Vous reconnaîtrez facilement l’esprit du whisky qui dort dans ces bières et qui éveillera votre âme. Encore une fois, la température idéale de service est «tablette».