Mario D'Eercommuniquez avec moi

Enseignant, auteur, biérologue

L’été finira bien par arriver…


Il existe des bières, sur cette terre incertaine, dont la mission essentielle est de nous désaltérer. Des bières que nous buvons entre amis ou même seul, sans autre préoccupation que de nous laisser bercer par la douce sensation de vivre. Nous pouvons catégoriser ces bières en deux grandes familles: celles qui s'effacent rapidement du paysage gustatif et celles qui soulignent discrètement et délicatement notre sensualité, sans vouloir la dominer. Les premières regroupent les marques nationales: Molson et Labatt occupent le marché en multipliant les étiquettes. Quelques subtilités gustatives distinguent les unes des autres.Comparez par exemple la Molson Export et la Labatt 50 qui courtisent la même clientèle. Vous constaterez facilement que l’une est beaucoup plus sucrée que l’autre tandis que l’autre offre une signature discrète d’amertume de houblon. Dans les deux cas, on a construit la cervoise sur une charpente de maïs, signature typique des bières des grandes brasseries industrielles. Un nouveau joueur vient de faire son apparition dans le monde des «grands», Bowes qui nous propose ses propres partitions.
D’autres produits bien houblonnés, et de très haute qualités, peuvent également épandre un baume de satisfaction sur notre langue lors des journées torrides d’été:


Les microbrasseries du Québec proposent presque toutes une alternative: Unibroue avec la U, Brasseurs du Nord avec la Boréale Dorée, R.J. avec la Tremblay… Personnellement, lorsque l’occasion se présente, j’ai tendance à favoriser ces dernières pour des raisons politiques, afin de soutenir le développement du marché des microbrasseries. Lorsque je laisse mes papilles décider, la nature du brasseur m’importe peu. Dans cette catégorie de bières, l’une de mes préférées est la Stella Artois en fût. Elle se distingue par une belle rondeur de céréales maltées agréablement complétée par un voile de houblon désaltérant. La version embouteillée quant à elle nous est livrée dans une bouteille verte, l’un des pires contenants pour nous livrer l’or doré. Il ne protège pas contre les rayons lumineux et favorise ainsi le développement du goût de «mouffette». Je me désole toujours de constater que dans l’ensemble du monde alimentaire, seuls certains brasseurs enveloppent leurs produits dans un contenant qui ne les protègent pas!

Je ne courtise toutefois pas souvent ces bières désinvoltes. Je m’ennuie trop rapidement du houblon et de ses vertus désaltérantes. À cet égard, la nouvelle venue d’Unibroue, la Bolduc, nous en offre à souhait. Après nous avoir déclamé plusieurs rimes sur les notes de levure «à la belge», après son incursion dans le marché des désinvoltes d’inspirations allemandes avec la U, la célèbre brasserie de Chambly puise maintenant son enthousiasme en Angleterre. L’hommage à Mme Marie Travers allonge sur nos papilles un nectar aux notes de biscuits à l’avoine, bien relevées de houblon. Cette nouvelle bière s’ajoute aux excellentes Boréales Blondes, Griffon Blondes, Frontenac, etc. des ales blondes faisant partie du paysage micro-brassicole depuis plusieurs années.

D’autres produits bien houblonnés, et de très haute qualités, peuvent également épandre un baume de satisfaction sur notre langue lors des journées torrides d’été: les pilsener d’origine. La sublime Pilsener Urquell de la République tchèque excelle à cet égard. La version que la SAQ nous offre comporte toutefois une faiblesse majeure: une bouteille verte! (quel désastre pour ce si noble produit). Dans la province voisine, en Ontario, les consommateurs peuvent également se procurer la version en cannette: un grand cru! Si vous avez la chance de la trouver en fût, n’hésitez pas. Voilà une façon économique de goûter à une parcelle de ce merveilleux pays qui mérite au passage une visite.L’interprétation allemande du style est moins sucrée, comme vous pourrez le constater avec la Becks. Encore une fois, hélas! la couleur du verre me désole.

Lors des journées de grande canicule (si jamais elles surviennent cette année), j’ai l’habitude de «caler» mes deux premières bières: habituellement une eau Perrier. Je prend ensuite le temps de me laisser bercer par les douces mélodies d’une bière bien houblonnée. J’ai alors l’impression de goûter à une larme du paradis.